Prêt de 340 milliards de la Banque mondiale : à Dakar, onze ministères revendiquent déjà chacun la totalité d'une enveloppe qui n'a pas quitté Washington

Au Building administratif Mamadou-Dia, à Dakar, la nouvelle est tombée comme une pluie d'hivernage. « C'est un premier pas très encourageant », a salué une responsable, reprise en boucle sur les plateaux. Dès le lendemain, onze directions distinctes avaient rédigé chacune une note expliquant pourquoi l'intégralité des 340 milliards relevait, « à l'évidence », de leur seul portefeuille.
Le ministère des Transports invoque « les routes ». L'Agriculture invoque « la terre ». Un conseiller de la cellule Résilience tranche : « Nous, on couvre les jeunes ET les femmes, soit 78 % de la population : faites le calcul, le reste peut se partager le trottoir. » À la Direction de la coopération, on rappelle poliment que l'argent, techniquement, dort encore sur un compte à Washington.
« Statistiquement, une enveloppe de la Banque mondiale est répartie 3,2 fois avant son décaissement, et décaissée 0,4 fois », observe Serigne M., de l'Observatoire de la dépense publique. « Le Sénégal en est à la répartition numéro deux. Nous conseillons de ne pas encore repeindre les bureaux. »
Dans un couloir du deuxième étage, une file de directeurs de cabinet attend, parapheur sous le bras, devant une porte encore fermée. Au bout, un agent de la Direction du Budget tamponne des dossiers sans lever les yeux. « C'est mon douzième premier pas encourageant », dit-il en apposant le sceau. « À ce rythme, ça fait vingt ans qu'on marche, et on n'a jamais changé de couloir. »
⚠️ Cet article est satirique. Il s'inspire d'un fait d'actualité réel mais les propos, citations et rebondissements sont fictifs. LEC est un média satirique ; noms, lieux et situations sont utilisés de façon fictive. Mentions légales · À propos